Langue arabe : deuxième langue la plus parlée en France

langue arabe en France

Elle résonne dans les foyers, dans les mosquées, dans les marchés et sur les écrans. L’arabe est, selon les données officielles de l’Institut national d’études démographiques (INED), la deuxième langue la plus parlée en France, avec entre 3 et 4 millions de locuteurs, devant les créoles, le berbère, l’alsacien ou le breton. Ce classement, repris dans la publication de référence Les Langues de France éditée par la Délégation générale à la langue française et aux langues de France (DGLFLF) en 2016, est sans appel. Pourtant, cette réalité démographique peine encore à être traduite en politique linguistique cohérente. Un paradoxe qui en dit long sur la relation compliquée entre la France et cette partie de sa population.

Un ancrage historique et démographique indéniable

La présence de l’arabe en France ne relève pas d’un phénomène récent. Elle s’est construite sur plusieurs décennies, portée par les vagues migratoires successives en provenance du Maghreb, Algérie, Maroc, Tunisie, à partir des années 1950 et 1960, puis par les générations suivantes nées sur le sol français.

Aujourd’hui, les données de l’INED situent le nombre de locuteurs arabophones en France entre 3 et 4 millions, toutes variantes confondues. L’Institut du Monde Arabe (IMA), dans une table-ronde consacrée aux pratiques linguistiques en France, retient le chiffre de plus de 3 millions de locuteurs, citoyens français et résidents étrangers confondus. L’arabe dialectal maghrébin est la forme dominante, mais des variantes libanaises, égyptiennes et syriennes coexistent sur le territoire.

Ces chiffres font de la France l’un des premiers pays d’Europe par le nombre d’arabophones, une position que confirme également l’Université Grenoble-Alpes dans ses travaux du laboratoire LIDILEM, qui classifie l’arabe dialectal « au deuxième rang après le français » dans le paysage linguistique hexagonal.

Une langue stratégique, pas seulement communautaire

Réduire l’arabe à une langue d’immigration serait une erreur de perspective, et de fait. Sur la scène internationale, c’est l’une des grandes langues du monde. Selon Ethnologue, référence mondiale en linguistique, l’arabe comptait en 2024 plus de 332 millions de locuteurs natifs, le plaçant au cinquième rang mondial des langues les plus parlées. En ajoutant les locuteurs de langue seconde, Atlasocio, en s’appuyant sur les projections démographiques de l’ONU, estime le total à plus de 615 millions de locuteurs à travers la planète.

L’arabe est surtout l’une des six langues officielles de l’Organisation des Nations Unies, statut qu’il a obtenu le 18 décembre 1973, date désormais célébrée chaque année comme Journée mondiale de la langue arabe. C’est aussi la langue liturgique de l’islam, pratiqué par près de 1,8 milliard de croyants dans le monde.

Dans ce contexte, maîtriser l’arabe représente un atout considérable sur le marché international du travail : diplomatie, commerce avec les pays du Golfe et du Maghreb, journalisme, coopération internationale, renseignement. Les profils véritablement bilingues restent rares et recherchés.

L’école publique à la traîne : les chiffres accablants sur l’apprentissage de l’arabe

C’est là que le paradoxe devient criant. Malgré des millions de locuteurs sur le territoire, l’enseignement de l’arabe au sein de l’Éducation nationale reste confidentiel. Selon les statistiques officielles du ministère de l’Éducation nationale, en 2017, seulement 11 174 élèves de collège et de lycée apprenaient l’arabe littéral dans les cours officiels, soit à peine 2 élèves pour 1 000. L’IMA résume la situation sans détour : l’arabe est « l’une des langues les moins enseignées en milieu scolaire, avec seulement 3 % des collégiens et lycéens qui décident de l’apprendre ».

Parallèlement, le dispositif des Enseignements de Langues et Cultures d’Origine (ELCO), issu d’accords bilatéraux conclus dans les années 1970 entre la France, l’Algérie, le Maroc et la Tunisie, permettait à plus de 57 000 élèves du primaire de suivre des cours d’arabe, selon les données de l’Assemblée nationale. Soit cinq fois plus que les sections officielles. Ce chiffre illustre à lui seul le déséquilibre entre la demande réelle et l’offre institutionnelle.

Des centres de langue qui prennent le relais

Face à un enseignement public insuffisant, l’arabe reste peu enseigné dans les collèges et lycées français malgré quelques initiatives récentes du ministère de l’Éducation nationale, une multitude d’acteurs privés et associatifs ont pris le relais.

Les instituts culturels arabes, à l’image de l’Institut du Monde Arabe à Paris, proposent des cours tous niveaux, du grand débutant au locuteur héritage souhaitant maîtriser l’arabe classique. L’IMA accueille chaque année des centaines d’apprenants dans ses cours collectifs et individuels, avec des programmes adaptés aux adultes comme aux enfants.

Les mosquées et centres islamiques jouent également un rôle central. Partout en France, des cours d’arabe sont dispensés le week-end, souvent dès le plus jeune âge, articulant apprentissage de la langue et initiation au Coran. Ces structures, bien que parfois informelles, assurent une transmission linguistique et spirituelle que l’école publique ne prend pas en charge.

Des centres de langue arabe en ligne comme Merkez Al Bourhan, Institut Anwar ou encore des académies spécialisées dans l’arabe coranique ont, quant à elles, révolutionné l’accès à la langue. On peut désormais apprendre l’arabe depuis chez soi, à son rythme, avec des professeurs natifs connectés depuis la Jordanie, l’Égypte ou le Liban.

Enfin, des écoles privées bilingues arabe-français commencent à émerger dans certaines villes, répondant à une demande de parents souhaitant offrir à leurs enfants une éducation ancrée dans les deux cultures.

Une reconnaissance encore timide

Malgré cette réalité de terrain, la reconnaissance institutionnelle de l’arabe en France demeure insuffisante. Le débat sur l’identité nationale rejaillit régulièrement sur la question linguistique, et l’arabe est encore trop souvent perçu, dans certains milieux, comme une menace plutôt qu’une richesse. Une vision courte, à rebours des enjeux contemporains.

La communauté musulmane, elle, n’a pas attendu les décisions politiques. Elle a construit, pierre après pierre, un écosystème d’apprentissage autonome. Et c’est peut-être là le signe le plus fort : une langue qu’on aime ne meurt pas. Elle s’adapte, elle résiste, elle se transmet.

L’arabe est en France. Il y est depuis longtemps. Il y restera.

Sources officielles :

  • INED – Langues d’ici et d’ailleurs. Transmettre l’arabe et le berbère en France, Cahiers de l’Ined
  • DGLFLF / Ministère de la Culture – Références 2016 : Les Langues de France
  • Institut du Monde Arabe (IMA) – Table-ronde La langue arabe : quelles pratiques en France aujourd’hui ?
  • Ministère de l’Éducation nationale – Statistiques 2017 sur l’enseignement des langues vivantes
  • Assemblée nationale – Question écrite n° 12171, 15ᵉ législature
  • Organisation des Nations Unies – Résolution 3190 (XXVIII), 18 décembre 1973
  • Ethnologue – Languages of the World, édition 2024
  • Université Grenoble-Alpes / LIDILEM – La langue arabe en France au prisme du politique, 2024
  • Atlasocio.com – Données ONU / UNdata, Classement des langues par nombre de locuteurs

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